Au lieu de considérer comme souffrance tous les maux que vous infligent les êtres animés et inanimés, vous devriez vous habituer à les voir comme des circonstances bénéfiques et propices au bonheur. Il faut commencer par considérer les petits désagréments comme positifs puis, grâce à l’habitude, vous pourrez progressivement reconnaître que même les graves ennuis sont bénéfiques, voire agréables, et nécessaires à votre bonheur. Tout ce qui vous perturbe sera alors perçu comme une nécessité. Généralement, de telles conditions sont considérées comme étant indésirables et nuisibles, mais vous serez capables de les voir comme absolument nécessaires à votre bonheur.
L’entraînement de l’esprit ne vise pas à éliminer les problèmes mais plutôt à vous rendre capables d’utiliser les problèmes que vous rencontrez afin de développer votre esprit sur la voie progressive de l’éveil. Il ne faut pas croire que cela vous met ou vous mettra hors de danger des ennemis ou des maladies. Simplement, vous ne serez plus perturbés par ceux-ci. Ces problèmes ne mettront pas d’entraves à votre pratique du Dharma et à l’obtention des réalisations de la voie. En fait, au lieu de vous déranger, les problèmes vous aideront à développer votre esprit et à poursuivre votre pratique du Dharma. Comment les problèmes peuvent-ils soutenir votre pratique ? En entraînant votre esprit à deux types de pensées. Il faut premièrement arrêter toute pensée qui prend la souffrance en aversion et deuxièmement se réjouir de rencontrer des problèmes. Une fois que vous avez réalisé cela et que, face aux problèmes, vous vous réjouissez effectivement plutôt que de vous lamenter, les problèmes ne seront désormais plus des obstacles à la génération de la voie de l’éveil dans votre esprit.
Le défaut de ne voir que des problèmes
Nous sommes tous soumis à l’adversité d’êtres animés ou inanimés, comme les éléments. Tant que notre esprit est habitué à reconnaître ces expériences comme problématiques, nous rencontrerons de plus en plus d’êtres et de situations extérieures qui nous perturbent. La moindre broutille provoquera de grandes souffrances en notre esprit et nous mettra en colère en un rien de temps. Le nœud du problème réside dans l’égoïsme forcené qui régit notre esprit.
Tant que vous identifiez tout comme un problème, le simple fait de vous servir un plat un peu tiède crée une énorme gêne dans votre esprit. Une légère anomalie dans la tenue vestimentaire ou l’apparence de quelqu’un, un détail qui ne s’accorde pas vraiment à vos idées, deviennent une grande source de souffrance. Si une personne ou un animal fait du bruit pendant la nuit et vous réveille, vous vous mettez en colère de façon incroyable et vous vous en plaignez toute la journée : « Oh, je n’ai pas pu dormir cette nuit à cause de ceci, de cela ! » Le manque de sommeil prend des proportions démesurées et devient un énorme problème, une incroyable souffrance.
Qu’une puce vous grimpe le long de la jambe et vous pique pendant votre sommeil ou votre méditation, et cela devient un problème colossal. Certains Occidentaux dépensent beaucoup d’argent pour se rendre à Kathmandou, mais après la première nuit, ils rentrent vite dans leur pays parce que le manque de confort leur est insupportable.
Par nature, l’esprit s’accoutume à une certaine manière de voir les choses. En prenant l’habitude de voir comme souffrance tout ce qui n’épouse pas parfaitement les souhaits de votre esprit ego-centré, vous exagérez les détails et leur donnez des proportions énormes. Si vous laissez des inconvénients mineurs se transformer en de colossales souffrances qui vous rendent irascibles, vous resterez toujours dominés par un esprit lourd et malheureux. Il vous sera alors extrêmement difficile d’endurer le moindre problème. Tout semble alors se liguer contre vous. Tout ce que vos sens perçoivent devient source d’insatisfaction : tout ce que vous entendez, voyez, goûtez, sentez ou touchez vous rend malheureux. Votre esprit exagère les problèmes et votre vie ne devient qu’irritation, déprime, paranoïa et crises de nerfs. Vous êtes constamment sous le joug d’un esprit totalement malheureux et il vous est très difficile d’être heureux pendant une journée entière, ou même une heure.
Vous n’avez aucune chance de goûter au bonheur si vous n’aimez rien, si rien ne vous satisfait. Où que vous alliez, quoi que vous fassiez, tout vous rend malheureux.
Comme vous ne comprenez pas que c’est de votre faute, que votre esprit s’est habitué à cette façon de penser, vous en attribuez la responsabilité à des choses extérieures -d’autres êtres, les éléments. Et plus vous pensez que le problème vient de l’extérieur, d’êtres animés ou non, plus la colère monte, comme un feu qui s’embrase au fur et à mesure que l’on y ajoute du combustible. Et plus la colère monte, plus le karma négatif s’alourdit : la colère devient insurmontable et crée un karma des plus lourds. Vous vous mettez en colère contre tout ce qui apparaît à vos sens : la maison, les gens autour de vous. Voilà ce que signifie l’expression « les apparences s’élèvent en ennemis ».
Texte original : http://www.buddhaline.net/Transformer-ses-problemes